Commission de l'éthique en science et en technologie

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L'intelligence artificielle et le monde du travail

Le développement de l’IA constitue un progrès technologique majeur qui rend possibles de nouvelles et remarquables avancées scientifiques et technologiques. Il peut également engendrer des bénéfices sociaux considérables en améliorant les conditions de vie, la santé, la justice, en créant de la richesse et en renforçant la sécurité publique. Mais ce développement présente aussi des risques non négligeables dans la mesure où les machines artificiellement intelligentes peuvent influencer les choix des individus et des groupes, et affecter l’environnement et le climat. Les enjeux du développement de l’IA ne sont pas seulement techniques, ils sont éthiques, sociaux et politiques.

Intelligence artificielle, Technologies de l'information et des communications

Sur cette page :

Les effets de l’intelligence artificielle sur le monde du travail

L’une des plus importantes préoccupations ayant trait au développement de l’IA est sans contredit celle de son impact sur le monde du travail. D’abord, ces machines artificiellement intelligentes promettent d’automatiser un nombre de plus en plus important de tâches, mettant ainsi à risque certains travailleurs. Aussi, ce développement risque de faire en sorte que les travailleurs devront collaborer de manière plus intensive avec des machines, modifiant ainsi le contenu des emplois et, possiblement, le sens du travail. L’IA pourrait enfin avoir un impact sur l’organisation du travail, entre autres, par le recours accru à des outils de gestion des ressources humaines qui utilisent des systèmes d’intelligence artificielle.

Un premier document de travail généraliste

La Commission a publié un document de travail généraliste à vocation pédagogique intitulé « Les effets de l’intelligence artificielle sur le monde du travail », qui établit les effets probables que pourraient avoir les développements liés à l’IA sur le monde du travail. Dans ce document, les effets sur le nombre d’emplois disponibles, sur la qualité de la relation d’emploi et sur la qualité de la relation de travail sont discutés. Ce document introduit aussi les questions éthiques que ces effets soulèvent. Il est possible de télécharger un résumé graphique des enjeux abordés dans le document de réflexion.

Deux avis en cours : justice sociale et organisation du travail

Les effets​ de l'IA sur le monde du travail et la justice sociale

La Commission travaille présentement à l’élaboration d’un avis qui inclura un certain nombre de recommandations à l’attention du gouvernement dans lequel elle souhaite évaluer à quel point l’impact de l’IA sur le monde du travail nous forcera à repenser certains éléments qui favorisent la justice distributive, dont les politiques publiques de redistribution des biens collectifs et des richesses collectives (politiques portant sur l’emploi, la formation professionnelle ou la fiscalité).

Voici quelques questions auxquelles la Commission souhaite répondre dans cet avis :

  • Que faire avec les individus qui, suite à l’automatisation, pourraient perdre leur emploi et qui pourraient avoir de la difficulté à en trouver un nouveau, peut-être parce qu’ils n’ont pas les compétences recherchées par les employeurs?
  • Comment favoriser une réinsertion sur le marché du travail qui se veut respectueuse des intérêts des individus, tout en prenant en considération les besoins des employeurs et de l’économie de manière plus générale?
  • Que faire avec les individus qui pourraient devoir accepter un emploi moins payant que leur emploi précédent?

Les travaux ont mené jusqu'à présent à une contribution à l'ouvrage collectif, sous la direction de Jean Bernier, L’intelligence artificielle et les mondes du travail. Perspectives sociojuridiques et enjeux éthiques, paru aux Presses de l'Université Laval (janvier 2021).

Dans le chapitre "Intelligence artificielle, automatisation et inégalités", David Rocheleau-Houle, conseiller en éthique, et Jocelyn Maclure, président de la CEST, proposent:

  • Un aperçu des effets de l'IA sur le monde du travail;
  • Une analyse des enjeux liés aux inégalités socioéconomiques et à la redistribution des bénéfices et des risques de l'automatisation;
  • Quelques pistes à privilégier.

La publication du rapport final est attendue en 2021.

Les effets de l’intelligence artificielle sur l’organisation du travail

La Commission poursuit la réflexion sur les répercussions de l’intelligence artificielle sur le monde du travail en se focalisant cette fois sur les effets de l’IA sur l’organisation du travail. Elle travaille à l’élaboration d’un deuxième avis pour veiller à une utilisation éthiquement responsable de l’IA en milieu de travail avec une attention portée aux répercussions qu’induit l’IA sur les interactions entre les humains et les machines ainsi que sur les pratiques de gestion.

Comme les outils d’IA sont parfois plus flexibles et plus performants que les autres outils numériques, les personnes au travail pourraient devoir apprendre à travailler en collaboration ou en interaction avec ces outils. Dans la plupart des cas, ceci viendra modifier la manière dont les travailleurs doivent utiliser les outils technologiques.

Compte tenu du potentiel de l’IA pour analyser, mettre en relation des données et en tirer des tendances statistiques, l’IA a également le potentiel de devenir un atout stratégique pour alimenter la prise de décision et bonifier les activités de coordination et de gestion du travail. Ce type d’effet peut être analysé par une attention portée aux pratiques des ressources humaines, avec le recours aux outils intégrant des SIA, que ce soit pour le recrutement ou l’évaluation des employés. Dans certains cas, les algorithmes peuvent plutôt servir à planifier ou organiser le travail, en assignant aux travailleurs des horaires et des tâches à accomplir.

QUELQUES ENJEUX ÉTHIQUES

Plusieurs avantages sont associés au déploiement de l’IA dans les organisations. L’automatisation des tâches qu’elle rend possible permettrait d’optimiser le processus de travail, de réduire des coûts et de renforcer ainsi la performance des entreprises. Cela dit, au-delà ces bénéfices potentiels, les répercussions de l’IA sur l’organisation du travail soulèvent plusieurs enjeux éthiques. En voici quelques exemples :

  • Équité d’emploi : L’utilisation des systèmes d’IA dans un contexte de travail soulève plusieurs enjeux relatifs à l’équité, c’est-à-dire inhérents au traitement juste et impartial de chaque personne. Les enjeux d’équité sont intrinsèquement liés à la possibilité que les systèmes d’IA contiennent et génèrent des biais discriminatoires, en ce sens que ces systèmes pourraient avantager ou désavantager indûment certaines personnes. Par exemple, toute chose étant égale par ailleurs, un SIA qui attribue systématiquement un salaire plus élevé à un employé masculin pourra être dit discriminatoire.

  • Bien-être des travailleurs : Le déploiement de l’IA en milieu de travail affecte le contenu des tâches exercées par les travailleurs et induit de nouvelles formes d’interaction qui peuvent avoir une incidence sur le bien-être au travail. Comme pour d’autres outils technologiques, le déploiement de l’IA en milieu de travail peut engendrer des effets ambivalents sur les conditions de travail et le bien-être des employés. Par exemple, grâce à son caractère prédictif, l’IA peut être utilisée pour déceler des failles dans le système de production et fournir des informations utiles pour accroître la sécurité des lieux de travail et donc renforcer le bien-être physique. Il se peut toutefois que l’implantation de l’IA s’effectue sans tenir compte des besoins des employés et qu’elle comporte des effets négatifs sur le plan psychologique, notamment si elle est employée pour évaluer les travailleurs pour chaque prestation de service accomplie.

  • Autonomie des personnes au travail : L’utilisation des outils d’IA dans la gestion de l’organisation du travail soulève des enjeux éthiques liés à l’autonomie des personnes au travail. D’abord, les technologies d’IA pourraient permettre à un employé de se soustraire à des tâches répétitives et de consacrer une plus grande partie de son temps à des tâches plus complexes, telles que la résolution de problèmes. De plus, si cette personne détient un certain contrôle sur le système d’IA, elle pourrait voir son autonomie dans la gestion de son travail bonifiée. Toutefois, les technologies d’IA risquent aussi d’être utilisées pour limiter l’autonomie des employés. Par exemple, si un système d’IA est utilisé pour déterminer le moment et la durée de chaque tâche qu’une personne doit accomplir, il est plutôt probable que cette personne voit son autonomie diminuée.

  • Protection de la vie privée et confidentialité des renseignements personnels : L’utilisation des outils d’IA dans l’organisation et la gestion du travail soulève plusieurs questions quant à la protection de la vie privée et des renseignements personnels dans un contexte de travail. En effet, l’IA fournit désormais de nouvelles méthodes d’acquisition de données et, par l’analyse de celles-ci, les employeurs sont en mesure de connaître plusieurs types d’information sensible – et parfois privée – sur leurs employés. Les technologies de l’IA soulèvent néanmoins de nouvelles questions quant à la protection de la vie privée des personnes au travail, dont des questions sur les données que les employeurs sont en droit de collecter sur le travail des employés, sur l’analyse et le stockage de ces données, etc. Évidemment, plusieurs outils permettent déjà d’assurer une surveillance sur les lieux de travail ou du travail des employés. Les outils d’IA devraient permettre, dans plusieurs cas du moins, de systématiser ou d’étendre cette surveillance. Surtout, ces outils permettront d’analyser plus rapidement, plus systématiquement ou plus efficacement les données collectées sur le travail des personnes en emploi.

  • Responsabilité des algorithmes : Dans l’optique où l’IA est déployée pour fournir des données aux gestionnaires ou aux responsables des ressources humaines et alimenter ainsi les processus décisionnels, des questions émergent quant à l’attribution de la responsabilité et la reddition de comptes. Qui doit être tenu responsable lorsqu’un système d’IA commet une erreur dans ses recommandations émises à un gestionnaire? Est-ce que le gestionnaire sera, dans tous les contextes, tenu responsable? Il devient complexe de délimiter la portée de la notion de responsabilité lorsque l’IA fait l’objet d’une confiance excessive au point où l’on s’appuie principalement sur elle pour prendre une décision. Dans ce cas, les SIA peuvent-ils être eux-mêmes redevables d’une recommandation et, donc, responsables d’une erreur commise? Qu’en est-il de la responsabilité des acteurs impliqués dans le développement des SIA (programmation ou entraînement des algorithmes)?

Date de mise en ligne : 22 octobre 2019

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